Rapport scientifique et technique

Suivi du front de salinité : Impacts à la station de prélèvement de Norville

Publication 2026

Dans un contexte de réindustrialisation de la zone de Port-Jérôme et d’évolution climatique impactant l’estuaire de la Seine, la progression vers l’amont de la salinisation dans l’estuaire s’avère critique pour la production d’eau industrielle de l’usine de Norville, dont le seuil maximal d’utilisation est à 70mg/L. L’analyse croisée des données d’exploitation de la SAUR et du suivi haute fréquence du réseau SYNAPSES sur l’année 2025 a permis de caractériser les mécanismes d’intrusion saline affectant la qualité de l’eau brute pompée en Seine. Bien que qualifiée d’hydrologiquement moyenne, l’année 2025 a été marquée par une longue période d’étiage de mai à septembre, avec un débit inférieur à 250 m³/s (mesuré à Vernon), durant laquelle 77 marées ont présenté des concentrations en chlorures au niveau de l’usine de pompage de Norville supérieures à 100 mg/L et 54 des valeurs intermédiaires comprises entre 70 et 100 mg/L.

L’étude des forçages hydrodynamiques a mis en évidence deux régimes distincts responsables de remontées significatives d’eaux marines dans l’estuaire. Lors des marées de vives-eaux combinées à un faible débit fluvial, la marée montante fait remonter les eaux marines en amont et la turbulence engendre un mélange vertical de la colonne d’eau, contribuant à homogénéiser la salinité et impactant directement la prise d’eau de Norville. À l’inverse, en période de mortes-eaux, une stratification marquée, ou « coin salé », se forme. Les eaux salées restent confinées en profondeur (détectées par le réseau SYNAPSES), tandis que l’eau de surface reste douce, ce qui explique pourquoi la station de pompage est épargnée durant ces phases malgré la remontée du front salin dans l’estuaire.

Enfin, l’analyse a révélé des phénomènes ne relevant pas de la dynamique estuarienne classique. Par exemple, des pics de chlorures hivernaux pourraient être liés au lessivage des sels de voirie lors de périodes de forts débits. Quant aux concentrations intermédiaires (70-100 mg/L), elles apparaissent souvent décorrélées des coefficients de marée, suggérant une origine anthropique potentielle où un seuil de débit spécifique autour de 600 m³/s est requis, ce qui reste à investiguer. La consolidation de ces résultats nécessite désormais un élargissement de la fenêtre d’observation et l’intégration continue des données SAUR à l’analyse du GIP Seine-Aval pour affiner les corrélations sur le long terme et améliorer l’anticipation des risques.

Néanmoins, cette première analyse permet de mettre en avant des périodes de vigilance, liées à des phénomènes naturels, pour les gestionnaires de l’usine de pompage de Norville, où une surveillance accrue est conseillée, selon l’occurrence de marées auxquelles le front salin (0.5PSU) au fond de la colonne d’eau est proche de Norville (PK 320).

Référence bibliographique ​​

Lehuen A., Olivier M., 2026. Suivi du front de salinité : Impacts à la station de prélèvement de Norville. Rapport d’étude du GIP Seine-Aval, 22 pp.

GIP Seine-Aval, 2022. CAPNORD : Caractérisation des évolutions hydro-morpho-sédimentaires et écologiques du secteur de la fosse Nord depuis la construction de Port 2000. 55 pp.

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